«Quand quelqu'un me trouble, je ne fais jamais ce qu'il faut» - Le matin

Publié le par TOTALLY HARDY

Avec «La pluie sans parapluie», la chanteuse française signe un album magnifique, le 26e de sa collection, dont la sortie est justement agendée au 26 mars prochain. Elle y aligne les tubes et les futurs standards, avec des textes poétiques mis en musique par Calogero, Jean-Louis Murat, La Grande Sophie et Arthur H. Rencontre avec une grande dame...

 

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Elle a une classe folle, Françoise Hardy. Elle a beau afficher 66 printemps, elle ne les fait bien évidemment pas. La chanteuse se présente à nous nature, sans maquillage, cajolée dans un lainage aussi blanc que ses cheveux. Elle reçoit dans un hôtel parisien feutré pour évoquer la sortie, le 26 mars prochain, de son tout nouvel album studio. Coïncidence, c'est aussi son 26e album. «26? Vraiment? Non, j'ai l'impression que ça fait beaucoup trop!» sourit-elle. Calogero, Jean-Louis Murat, La Grande Sophie ou Arthur H ont offert leurs services de compositeurs à la plume poétique de la grande dame pour ce nouvel album.

 

 

Pour le reste, laissez donc son charme agir... Durant près d'une heure, Françoise Hardy évoque la genèse de «La pluie sans parapluie», parle de son autobiographie, «Le désespoir des singes... et autres bagatelles», gros succès en librairie l'an dernier, de l'homme de sa vie, Jacques Dutronc et de leur fils, Thomas.

 

Sur ce nouvel album, vous semblez plus radieuse qu'à l'accoutumée, non?
Non, pas du tout (rires)! Toutes les chansons parlent de la même chose. Je parle donc des mêmes sujets depuis plus de quarante ans: de la solitude, des fantasmes qui ne se concrétisent pas... Ce n'est pas vraiment radieux, bien au contraire.

 

 

Auriez-vous pu écrire ces chansons sans le travail accompli en rédigeant votre autobiographie?
Oui, bien sûr, ça n'a aucun rapport. Pour une autobiographie, je pars de mon vécu professionnel et personnel. Je sélectionne ce qui est susceptible d'être intéressant à la lecture. En ce qui concerne la vie sentimentale, je ne me contente pas d'exprimer une émotion, je parle de situations précises que j'ai connues. Dans une chanson, je pars toujours d'une mélodie qui va se prêter à mes émotions.

 

 

Votre livre a très bien marché. Avec le recul, comment interprétez-vous l'intérêt que vous a porté le public?
Je ne m'y attendais pas car je suis assez défaitiste. C'était un peu la cerise sur le gâteau. Et j'ai reçu beaucoup de lettres de femmes entre deux âges. Evidemment, les femmes sont amenées à vivre certaines situations que les hommes vivent moins, par définition. A partir du moment où elles sont amoureuses, elles ne vont pas voir ailleurs, alors que l'inverse est très fréquent. J'avais envie de parler de la tromperie, d'essayer de montrer à quel point on a soi-même un rôle à jouer dans les situations douloureuses que nous sommes amenés à vivre. Et puis, on n'est pas attirés par n'importe qui (rire)! En général, quand on est attirés par des hommes qui plaisent aux femmes, on ne doit pas s'étonner, on devrait même presque accepter à l'avance qu'ils plaisent à d'autres femmes et qu'ils ne puissent pas résister à toutes. Qui est-on pour suffire à quelqu'un toute une vie? C'est impossible.

 

 

Beaucoup de femmes se sont reconnues en vous et vous ont souhaité de connaître vraiment le démon de midi!
Mais je l'ai vécu, c'est loin derrière moi maintenant, c'était il y a une vingtaine d'années... En tout cas, je l'ai éprouvé (rire)! Eh oui, c'est terrible! J'avais lu que ça frappait plus souvent les personnes qui avaient été sages dans leur vie... Le démon de midi, c'est un peu comme l'enterrement de la vie personnelle, comme tous les déboires de la vie en raccourci. Là, c'est le coup de grâce, mais si vous survivez, tout va bien!

 

 

Est-il plus aisé de parler en chanson qu'en vrai?
Je crois que j'ai fait ça toute ma vie. J'ai une affectivité un peu compliquée et en particulier très inhibée à partir du moment où je suis troublée par quelqu'un. Ce qui ne m'arrive pas souvent... Mais quand quelqu'un me trouble, je ne fais jamais ce qu'il faut pour aller plus loin. C'est pour ça que je n'ai pas eu grand monde dans ma vie. D'ailleurs, il y a quand même eu quelques malheureux hommes mais donc, évidemment, toutes mes chansons parlent de ça, dont l'une des plus connues, «Message personnel». «Au bout du téléphone, il y a votre voix, il y a les mots que je ne dirai pas», c'est un résumé de ma vie sentimentale.

 

 

Si vous deviez répondre aujourd'hui à la question de votre grand-père, «Es-tu au moins heureuse, Françoise?», que lui diriez-vous?
Oh, le bonheur, ce n'est pas un état permanent. Mes grands bonheurs, ces dernières années, c'est le succès de mon fils. Récemment, il m'a envoyé une chanson qu'il a faite pour un film. Je l'écoute tous les soirs. Ça me met en joie et je remercie le ciel. En général, les enfants amènent plus d'inquiétude que de joie, mais avec Thomas, c'est le contraire. Je suis très gâtée.

 

 

Sur «Noir sur blanc», vous chantez «je garderai pour moi les cris, les appels au secours», cette phrase ramène au premier épisode de votre vie, quand votre mère vous laissait pleurer pour éviter que vous ne deveniez capricieuse. Ça vous a conditionné?
Oui, j'en suis persuadée. A l'époque, on disait que les bébés étaient capricieux alors qu'ils ne le sont pas. Quand un nourrisson pleure, c'est qu'il a une vraie raison de pleurer. Un enfant devient capricieux à partir du moment où les parents n'ont pas pu ou pas su satisfaire ses vrais besoins, et à ce moment-là, il peut en créer des faux. J'ai entendu ma mère se vanter toute sa vie de m'avoir laissée pleurer chaque nuit du premier mois de ma vie. Au bout d'un mois, j'avais compris. Qu'il faut ravaler ses larmes et ne jamais rien demander à personne.

 

 

L'an prochain, vous fêterez presque cinquante ans de chanson, c'est renversant, non?
J'ai eu mon premier contrat discographique en 1961, le premier disque en 1962. C'était la première fois que je chantais avec des musiciens. J'ai tout de suite été mécontente, insatisfaite, comme d'habitude. On a mis trois heures pour faire quatre chansons. Il y avait «Tous les garçons et les filles» parmi les quatre et j'ai insisté pour la sortir, car les stations de radio voulaient promouvoir «J'suis d'accord». Eh bien, à ce jour, je n'ai jamais eu de titre qui ait aussi bien marché que cette malheureuse petite chansonnette, et c'est très frustrant (rire)!


Karine Vouillamoz, Paris - le 13 mars 2010, 19h04
Le Matin Dimanche


 

«La pluie sans parapluie», un futur classique

Métamorphosée. Il y a bien longtemps qu'on avait entendu une Françoise Hardy aussi enjouée et pop. Certes, la mélancolie, la nostalgie, comme sur son superbe «Tant de belles choses», lui vont à merveille.

Mais quel plaisir soudain de l'entendre interprétant «Noir sur blanc», une merveille de titre composée par Calogero. Avec «La pluie sans parapluie», Françoise Hardy poursuit la mue opérée avec l'écriture du «Désespoir des singes... et autres bagatelles», autobiographie à succès sortie voilà deux ans. Ce refrain deviendra très vite un classique de la grande dame, qui se raconte encore comme jamais, comme sur «Les pas», entraînante chanson qui évoque la maladie, et sur «Champ d'honneur», magnifique titre que lui aurait volontiers volé son mari, Jacques Dutronc.

Françoise Hardy signe la plupart des textes, sauf ceux offerts par des collaborateurs choisis, comme Jean-Louis Murat, Arthur H ou La Grande Sophie. Il faut bien sûr retrouver les évidences des accords mineurs comme sur «Mieux le connaître», l'humour de «Je ne vous aime pas», clin d'oeil à Danielle Darrieux, ou l'impressionniste «Esquives», signé de son artiste chouchou, Ben Christophers.

Etonnante, cette Françoise Hardy, qui se glisse si joliment dans les mots et les notes des autres, qui parvient encore à nous surprendre. 

 

 

Publié dans PRESSE

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