"Elle est superbe, cette femme", par Dominique Dhombres

Publié le par TOTALLY HARDY

 
Les cheveux blancs lui vont admirablement. Elle a gardé cette silhouette longiligne qui a fait rêver une génération entière lorsqu'elle chantait Tous les garçons et les filles de mon âge avec une tristesse douce que le Lagarde et Michard aurait pu qualifier d'élégiaque s'il s'était penché sur un phénomène aussi contemporain.
 
Elle est devenue une vedette en 1962 grâce à cette chanson. Elle en avait écrit les paroles et la musique, ce qui était une singularité à l'époque. Il n'y avait guère qu'un jeune homme élégant pour rivaliser avec cette classe. Ils sont ensemble depuis près de quarante ans. On y reviendra.
 
Françoise Hardy était, mercredi 22 novembre, l'invitée de Mireille Dumas, sur France 3. Elle parlait, comme il se doit, de sa vie privée et de sa vie publique. De sa mère célibataire, en particulier, qui était pauvre et seule, ne recevant jamais personne. C'était la première fois qu'elle allait aussi loin dans la confidence. Elle procédait à l'examen sans complaisance de la constellation familiale, du roman familial, si vous préférez. "Un père absent, donc une tendance à se focaliser sur des hommes qui vont être absents eux aussi", disait-elle.
 
Ce n'est pas par hasard qu'elle a rencontré Jean-Marie Perrier d'abord, qui aimait surtout la photographier, Jacques Dutronc ensuite, qui a poussé plus loin encore l'art de l'esquive et de la fuite vis-à-vis de la femme de sa vie. La mère de Françoise Hardy était forte mais souvent dure. Père absent, mère sévère. Sa soeur n'a pas supporté, est devenue psychotique, est morte. La chance de Françoise est d'avoir été aimée par ce père à éclipse et cette mère courage. Mais le regard rétrospectif qu'elle porte sur "le temps de l'amour" n'est pas gai. "L'avantage d'avancer dans le temps, c'est qu'on est moins prisonnier de tous ces désirs qui vous tuent", dit-elle. Elle en rajoute dans l'amertume, voire la dureté. "La passion détruit. Le désir amoureux rend stupide. Je ne suis pas fâchée d'être débarrassée de tout ça", dit-elle encore.
 
Elle a rencontré Jacques Dutronc en 1967. Il l'a épousée, lui a fait en 1973 un enfant, Thomas, devenu musicien, lui aussi. Ils sont toujours une famille, à leur façon, qui n'est pas celle de tout le monde. Elégiaque, Françoise Hardy, comme le croyait votre serviteur ? Quelle erreur ! La réponse était dans le Lagarde et Michard, précisément. C'est la princesse de Clèves ! Mlle de Chartres craint l'amour qu'elle croit avoir trouvé avec Nemours. Elle renonce au bonheur non par devoir, comme on le dit toujours, mais sous le joug d'une sorte de mélancolie élégante. Elle est superbe, cette femme. La princesse de Clèves ? Mais non. Françoise Hardy, voyons.
 
Dominique Dhombres, Le Monde, 23 novembre 2006
 
 
 

Publié dans totally-hardy

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article