24 heures: «Je n’aime pas me montrer»

Publié le par TOTALLY HARDY

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«Oh mais c’est embêtant! Je suis sur la fin, si vous m’aviez vue il y a une semaine!» Françoise Hardy se lève et s’en va tousser dans le corridor… Mythe, superstar ou ermite inspirée? La chanteuse apparaît un peu en demi-teinte dans le luxueux sous-sol de ce petit hôtel du XVIe arrondissement de Paris, à deux pas de chez elle. Malgré une méchante toux, Françoise Hardy est souriante et affiche cette grâce dont elle seule a le secret.

Les cheveux gris, la voix reconnaissable entre mille, l’interprète de l’éternel Tous les garçons et les filles et de mon âge est sur le point de publier un nouvel opus, épaulée par une pléiade de musiciens très sollicités (Calogero, Jean-Louis Murat, Arthur H…). Le tunnel promotionnel passé, Françoise compte bien s’offrir une année sabbatique et en profiter pour se délecter de lecture, «sa drogue», et plus particulièrement pour lire, où relire, les romans de Henry James, qu’elle adore.

– Votre autobiographie a été un best-seller, votre dernier album disque de platine, tout comme celui de votre fils Thomas. Tout semble vous sourire en ce printemps 2010…

– Oui, c’est vrai. Le succès et plus encore la qualité du disque de Thomas, tout ce qu’il fait en général, sont pour moi une source de bonheur qui ne cesse de se renouveler! Quant à moi, c’est sûr que je ne m’attendais pas à un succès aussi faramineux pour le livre. Chez moi, il n’y a rien de pittoresque à raconter, il n’y a rien qui se prête à ça. Un ami éditeur m’avait envoyé une grande journaliste pour m’interviewer et j’ai tout de suite compris que c’était une sorte de préparatif à une biographie. J’ai donc décidé de prendre les choses en mains moi-même. Du coup, j’ai réalisé que j’étais en mesure de parler de sujets qui intéressent beaucoup de monde et, en même temps, d’amener mon regard. Analyser les déboires qu'on rencontre tous dans notre vie sentimentale et montrer comment on induit soi-même des comportements qui nous font du mal… Ensuite, j’ai enchaîné avec l’enregistrement de ce nouvel opus, car je ne peux y résister, l’essentiel de ma vie professionnelle tourne autour de ça: faire un album, trouver de bonnes chansons. C’est un processus à la fois anxiogène et excitant.

– En 1982, vous chantiez Tirez pas sur l’ambulance. Dans votre autobiographie, vous évoquez de sérieux soucis de santé qui ont miné l’année 2004… Comment allez-vous aujourd’hui?

– C’est pareil pour tout le monde dès que l’on passe le cap de la soixantaine, même s’il y a des forces de la nature qui n’ont pas de problèmes, à l’image d’Yves Simon, avec lequel j’ai dîné récemment… A partir d’un certain moment, il ne se passe pas une semaine, un mois sans que des petits pépins, bénins ou pas, se manifestent! C’est épuisant. Quand on m’a diagnostiquée la dernière fois, j’ai mis en cause mon mode de vie sédentaire et, depuis, je me suis contrainte à marcher plus.

– Et pourtant, vous vouliez arrêter d’enregistrer à un certain moment de votre carrière…

– La promo télévisée m’ennuie à un point que vous ne pouvez imaginer! Je ne suis pas une artiste de scène, je n’aime pas me montrer. L’autre jour, un journaliste québécois m’a demandé si j’allais remonter sur scène. J’ai arrêté à 24 ans! Ce n’est pas maintenant, à 66 berges, quand je suis presque une loque humaine, que je vais m’y mettre! (Rires.) Cela étant dit, j’ai appris que j’étais plus ou moins en fin de contrat, mais que ma maison de disques voulait poursuivre. C’est très réjouissant.

– Avec Thomas Dutronc et Charlotte Gainsbourg, la relève semble être assurée…

– Charlotte a un poids plus lourd à porter que Thomas car c’est encore plus difficile d’être la fille de Serge Gainsbourg. Charlotte, même si je n’ai pas envie de la trahir, j’ai l’impression qu’elle est un peu malheureuse de faire des albums qui sont plus ceux des gens avec qui elle travaille que ses albums à elle. En même temps, elle ne pourrait pas se résoudre, vu le poids de Serge, à écrire elle-même ses propres textes et musique. Elle est avant tout une interprète et une très grande actrice. L’image qu’elle donne est plus proche de la mienne que de celle de sa mère ou de son père, avec son côté fragile, vulnérable et traqueur, alors que Jane c’est plutôt l’image de la pétulance et Serge celle de la provocation.

– S’il ne fallait en retenir que trois: quels sont les albums qui ont estampillé votre vie?

– Sans hésitation: Amoureuse, le premier album de Véronique Sanson, Melody Nelson, de Serge Gainsbourg, et les concertos de Rachmaninov, dirigés par Yasha Aurenstein et avec Earl Wild au piano.

 

Olivier Rohrbach
24 heures, le 25 mars 2010



De l’élégance pour rêver Hardy


Il y a un mystère chez Françoise Hardy, qui tient de la transparence plutôt que de l’opacité. Des chansons au bord de la disparition, à peine plus que ténues, suffisantes en tout cas pour s’inscrire sur une histoire – comme une musique de générique de fin de film, quand les lettres se mettent à pleuvoir sur une dernière image vide. A la jeune fille évanescente qui chantait en 1962, derrière une vitre, Tous les garçons et les filles de mon âge, répond une dame aux cheveux blancs et à la voix de verre, toujours aussi languissante. Sa nouvelle apparition fantomatique s’intitule La pluie sans parapluie et l’on pourrait gloser sur ses variations, les touches de Calogero (Noir et Blanc), de Jean-Louis Murat (Memory Divine) ou de la Grande Sophie (Mister), les alternances de discrètes avancées pop ou de chuchotements lyriques. On préférera souligner la cohérence d’ensemble de ce bouquet de roses blanches. A le humer, une fragrance de sobre élégance se dégage, éther sonore de luxe que dispenserait un carafon de cristal. Le support rêvé pour imaginer, à nouveau, cette femme idéale, mais distante, qu’«incarne» à merveille la môme Hardy. Le risque étant évidemment de s’endormir à mi-course…

Boris Senff


Publié dans INTERVIEWS

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