La confession choc de Françoise Hardy, Le Parisien

Publié le par TOTALLY HARDY

 

Discrète et rare, Françoise Hardy a décidé de parler. Son enfance, la rencontre avec Jean-Marie Périer, sa vie avec Jacques Dutronc : la chanteuse se livre comme jamais dans « le Désespoir des singes… et autres bagatelles ».

 
UNE GRANDE FILLE qui chante des chansons tristes. Depuis son apparition sur la scène musicale au début des années 1960, Françoise Hardy est une sorte d’icône, avec un statut magnifié par le couple qu’elle forme quatre décennies durant avec Jacques Dutronc. Mais la réalité est souvent moins rose qu’il n’y paraît.
Avec une infinie élégance et la lucidité d’une femme de 64 ans, elle se raconte sans détour dans un ouvrage bourré de révélations croustillantes.


Qu’est-ce qui vous a décidée à vous livrer ainsi ?


Françoise Hardy. Je ne voulais pas faire de récit autobiographique. Il en était hors de question parce que je vois ma vie comme extraordinairement linéaire, entre quatre murs. Mon éditeur me tannait depuis trois ans. Son argument de contrer les biographies non autorisées, qui me rendent malade, m’a convaincue. Après une première tentative avec une journaliste, j’ai finalement décidé d’écrire seule. Ecrire est d’ailleurs la seule chose que je fais à peu près correctement.


L’exercice a-t-il été douloureux ?


Pas du tout. Par exemple, pour le premier chapitre qui concerne mon enfance, j’avais l’impression d’avoir beaucoup de matière. J’ai vécu en vase clos avec ma mère et j’ai continué à vivre en vase clos toute ma vie. J’ai aussi su tout de suite qu’il fallait que je fasse comme lorsque j’écris une chanson, à savoir dire les choses de la façon la plus émouvante possible.


« J’espère seulement avoir été impudique… avec pudeur »



Vous racontez la mort de votre mère. Pourquoi avoir attendu pour vous exprimer en faveur de l’euthanasie ?

Se faire euthanasier était sa décision à elle et je ne savais pas si c’est le rôle d’une chanteuse de s’exprimer sur ces sujets. Il n’empêche que je trouve que la souffrance physique, quand elle est irrémédiable, est absolument inutile. Je suis une partisane de l’euthanasie depuis très longtemps. Et je suis scandalisée à chaque fois que des médecins ou de malheureux parents se trouvent dans des situations cauchemardesques à cause de l’inhumanité de l’administration et de la société. Ma mère est morte comme elle l’a voulu, quand elle l’a voulu. C’est révélateur de sa propre vie.


Vous donnez l’impression d’avoir souvent subi les événements, comme dans votre relation avec Jacques Dutronc…


Quand on dépend sentimentalement de quelqu’un qui n’est pas disponible, on est bien obligé de l’attendre ! Il était très important pour moi de montrer que mon attitude de dévotion totale vis-à-vis de lui induisait un comportement désinvolte de sa part. Si je suis restée, c’est parce qu’il y avait des moments très bien. Malgré toutes ces difficultés inhérentes à la condition amoureuse, les années que j’ai vécues avec lui entre 1974 et 1988 sont les plus belles de ma vie. Ça tient à lui en partie, mais aussi à notre fils Thomas.


Avez-vous l’impression d’avoir été impudique ?


J’ai eu peur de ça. A un tel point que j’ai voulu faire un bout à bout des passages concernant Jacques pour qu’il les lise. Finalement, il ne l’a pas fait. Je pense que ça ne l’intéressait pas. Avant tout, j’ai toujours vécu en fonction des sentiments que j’éprouvais pour quelqu’un. Pendant dix-sept ans, c’était ma mère et j’ai ensuite reporté ce côté passionnel sur les hommes que j’ai connus, même s’il n’y en a pas eu beaucoup. C’est ma vie, et mes chansons ne sont que l’expression de ça. J’espère seulement avoir été impudique… avec pudeur.


« C’était un privilège d’être aimé par quelqu’un d’aussi particulier »


Votre couple est emblématique. Ne craignez-vous pas d’écorner le mythe ?

D’une certaine manière, ce couple existe toujours. J’ai toujours eu conscience que c’était un privilège d’être aimé par quelqu’un d’aussi particulier. Il avait une telle séduction… Le fait que je ne le voyais pas très souvent, que je ne savais pas ce qu’il faisait, lui donnait une aura très mystérieuse. C’est pour ça que j’acceptais et ça a duré très longtemps pour moi. Moins maintenant, plus du tout même. Il fait partie de cette catégorie d’hommes un peu dissociés : il y a ce qui est en dessous de la ceinture, qui n’a aucune espèce d’importance, et ce qu’il y a au-dessus. La personne qui réussit à intéresser ce genre d’homme est alors mise sur un piédestal dont il ne la descend pas assez souvent. J’espère juste qu’il ne va pas être mal jugé par les gens qui vont lire ce livre.


Avez-vous le sentiment d’avoir formé avec lui un « couple moderne » ?

Peut-être, dans la mesure où nous n’attachions ni l’un ni l’autre de l’importance au mariage. Nous ne nous sommes mariés que pour des raisons strictement fiscales. Dans la mesure, aussi, où j’accepte tout à fait qu’il ait quelqu’un dans sa vie. Je suis contente de ça. Je ne sais pas s’il accepterait la même chose pour moi. Pour l’instant, la question ne se pose pas.



Propos recueillis par Sébastien Catroux
| 09.10.2008, 07h00

Publié dans INTERVIEWS

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