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La Pluie sans Parapluie

Ecoutez le nouvel album de Françoise Hardy    

 

 

 

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Bienvenue sur Totally Hardy, blog consacré à Françoise Hardy.

 

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L'icône française publie La Pluie sans parapluie, un des meilleurs disques de sa carrière,
avec des participations de Calogero, Murat ou la Grande Sophie.



LE FIGARO. - Comment s'est déroulée la conception de ce nouveau disque?

Françoise HARDY. - Cet album a été beaucoup plus difficile à faire que je ne l'imaginais. Il y a eu tout un tas de soucis, des fâcheries qui arrivent quand vous travaillez avec des gens qui n'ont pas le même goût et la même vision que vous. Il arrive un moment où j'ai été obligée de dire:«C'est mon disque, mon goût doit l'emporter.» Je n'aime pas du tout les rapports de forces mais parfois on doit en arriver là. Cela dit, les disques sur lesquels il n'y a ni tension ni souffrance sont très rares.


Comment faites-vous connaître vos intentions à vos collaborateurs?

N'étant pas musicienne, j'ai souvent du mal à exprimer en mots ce que je voudrais. Mais quand j'entends le travail effectué, je sais ce qui ne va pas. C'est un instinct qui ne me trompe pas souvent. Je défends chacune de mes chansons comme s'il s'agissait d'enfants pour lesquels je souhaite le meilleur traitement possible.


À partir de quel moment avez-vous commencé à préparer ce disque?

Dès le début de l'année 2009, j'ai commencé à chercher des chansons. Finalement, j'aurai passé ma vie à recevoir des CD ou des cassettes de personnes qui ont envie que je m'intéresse à leur travail ! Neuf fois et demie sur dix, c'est très scolaire. Je pense qu'il y a des chansons qui objectivement sont très mauvaises et d'autres très bonnes. Je me targue de savoir faire la différence entre les deux. C'est même une des rares qualités que je me reconnaisse.


Aux côtés de signatures familières, on trouve au générique de cet album celles de gens avec lesquels vous n'aviez encore jamais collaboré.

Mon directeur artistique m'a proposé de demander une chanson à Calogero. Parallèlement, le studio où j'enregistrais m'a dit qu'il avait laissé une mélodie pour moi. Arthur H avait suggéré qu'on fasse quelque chose ensemble il y a quelques années déjà. Quant à Murat, je n'aurais jamais imaginé lui demander quoi que ce soit. Parmi les quatre titres qu'il m'a fait parvenir, j'ai choisi de prendre le seul en anglais, Memory Divine. Jamais je n'avais enregistré une chanson aussi facilement.


Il s'agit de votre premier disque depuis la sortie de votre autobiographie, en 2008. Son succès a-t-il changé votre rapport à l'écriture?

Dans une autobiographie, on sait qu'on va devoir aborder la vie privée, ce qui est le domaine où je m'ennuyais le moins. La vie personnelle dans un livre est intéressante à partir du moment où on choisit ce qui relève du vécu de chacun et qu'on peut le développer. Un texte de chanson, c'est juste l'expression d'une émotion, cela n'a rien à voir.


Avant de publier ce livre, vous n'aviez laissé filtrer que peu d'indices sur vos états d'âme.

Le fait de tourner toujours autour du même thème donne pourtant des clés, peut-être plus qu'une autobiographie. Depuis petite, je suis fascinée par les auteurs qui tournent autour de l'amour impossible. C'est confondant comme un enfant peut être inspiré par des lectures qui ont la couleur de ce que sera sa vie. J'ai l'impression d'être monomaniaque, de m'intéresser toujours à la même chose sous des formes légèrement différentes, et de chanter toujours la même chose. Ce qui n'est pas très grave, à partir du moment où les mélodies sont différentes.


Cette année a marqué le retour sur scène de Jacques Dutronc. Êtes-vous allée l'écouter?

J'y suis allée un soir où je l'avais entendu se racler la gorge toute la journée, ce qui m'a un peu gâché le plaisir. On a un mode de vie particulier, une distance s'est créée mais cela n'enlève rien à la force des souvenirs qui nous lient. Ce qui m'aura aidé à supporter cette relation très difficile, c'est de sentir qu'il y avait une réciprocité derrière l'absence. C'est pour cela que je ne suis jamais partie.


Vous semblez avoir atteint aujourd'hui une forme de sagesse. Comment ?

J'ai acquis un certain détachement. Quand une femme n'est pas heureuse pendant très longtemps, le feu finit par s'éteindre. Alors, on est libéré d'une dépendance très douloureuse. C'est très difficile à maintenir dans la durée une relation de couple. Surtout dans la société actuelle, lorsqu'on est amené à rencontrer des gens intéressants et séduisants… En ce qui concerne la fidélité, j'admets qu'elle soit plus difficile à respecter pour un homme que pour une femme. On ne voit que ça : des hommes très amoureux de leur femme qui ne peuvent pas s'empêcher d'aller voir ailleurs. L'homme fidèle est rarissime et en devient même presque suspect. J'ai été assez naïve pour découvrir ça sur le tard.


Olivier Nuc
Lefigaro.fr, le 25 mars 2010


LA CRITIQUE

 

Vingt-sixième album studio en plus de quarante ans de carrière, La Pluie sans parapluie ne déroutera pas les amateurs de l'art délicat de Françoise Hardy. Pourtant, à y regarder de plus près, bon nombre de qualités en font un des disques les plus réussis de son parcours. Fidèle à sa ligne mélancolique (les déchirantes Mieux le connaître ou la chanson titre), Françoise Hardy a pourtant injecté des couleurs plus pop à cette livraison (le premier extrait, Noir sur Blanc, ou l'enlevé Champ d'honneur). Il en résulte un disque moins sépia et plus pastel que ses précédentes livraisons. On pense parfois à ses beaux albums du début des années 1970, Soleil ou La Question. À sa manière, pudique et sensible, Françoise Hardy continue d'imposer son élé­gance suprême et sa belle inspiration.

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Françoise Hardy revient à la musique après une pause littéraire. Rencontre avec une chanteuse sérieuse et toujours très captivée par son art.
 

L'interprète de Tous les garçons et les filles et de Comment te dire adieu s'est donc mise à la tâche, et c'est avec La Pluie sans parapluie, un disque aux accents légèrement pop, qu'elle revient à la musique. Comme d'habitude, plusieurs artistes (La Grande Sophie, Arthur H, Calogero, Jean-Louis Murat, Thierry Stremler, Alain Lubrano et quelques autres) ont contribué aux musiques, alors que Françoise Hardy s'est chargée de la majorité des paroles.


Voir: Comment choisissez-vous vos collaborateurs?


Françoise Hardy: "Je ne choisis personne. Ce sont les gens qui m'approchent. Par exemple, Calogero, je ne le connais pas, Jean-Louis Murat, je le connais à peine, Arthur H, je le connais un peu plus mais pas beaucoup. Alain Lubrano, je le connais depuis longtemps et j'aime bien travailler avec lui car il m'amène toujours des chansons qui ne sont pas lentes. Pour moi, c'est plus la production artistique et la réalisation musicale qui sont un problème, c'est toujours difficile. Mais je ne me dis jamais: "Je vais travailler avec Untel ou Untel.""


Vous avez aussi travaillé avec différents réalisateurs pour ce disque.


"Personnellement, j'ai eu beaucoup de galères avec la réalisation. Mon problème sur le plan de la réalisation, c'est que je suis tributaire des musiques que l'on m'apporte. Mon seul critère pour la musique que les uns et les autres me font parvenir, c'est la qualité mélodique, pas le style de la chanson. Or, les réalisateurs ont souvent un style et font tout dans ce même style. Donc, j'ai toujours l'impression qu'à partir du moment où mes chansons ont chacune un style très différent, elles requièrent des réalisateurs très différents. C'est pour ça que j'ai des albums un petit peu éclectiques. Mais bon, j'ose espérer que ma voix et mes textes amènent tout de même une certaine unité."


Lorsqu'on vous présente des mélodies, avez-vous déjà des paroles toutes prêtes ou vous vous laissez inspirer par la musique?


"Je pars toujours d'une musique pour écrire les paroles. Mais comme les musiques ont un esprit et une ambiance, c'est à moi de capter cet esprit et cette ambiance pour pouvoir traduire ça en mots. J'ai écrit des chansons d'amour, mais l'amour à mon âge tient plus du fantasme qu'autre chose. J'ai écrit aussi sur la mort (L'autre côté du ciel), une idée qui m'est venue d'un texte en espagnol, même si je ne parle pas cette langue. Mais la chanson qui me tenait le plus à coeur et dont je trouve malheureusement que la réalisation n'est pas à la hauteur, c'est Un coeur éclaté. Ce texte, je l'ai écrit après avoir terminé Le Jour enseveli de Rosamond Lehmann, un roman qui m'a bouleversée. Y a aussi une chanson qui m'a été inspirée par une entrevue de Danielle Darrieux à la radio. Elle évoquait ce film de Max Ophüls, Madame de..., et elle a cité la fameuse réplique: "Je ne vous aime pas, je ne vous aime pas, je ne vous aime pas." Tout d'un coup, je me suis dit que ça ferait une chanson formidable!"


Vous n'avez toujours pas l'intention de remonter sur scène?


"Ah, mais vous êtes le troisième journaliste canadien à me poser cette question grotesque. Vous savez, je suis plus proche de 70 ans que de 60! Ça me navre, mais ça me fait rire en même temps. Je n'ai pas fait de scène depuis 42 ans, ce n'est pas maintenant que je suis à même d'en faire. Mon mari (Jacques Dutronc) est une force de la nature. Malgré ses excès, il a toujours eu une santé incroyable, une voix incroyable. Je persiste à penser que pour être un bon artiste de scène, il faut être une force de la nature. Ce n'est pas mon cas. Les journalistes qui me posent cette question ne réfléchissent pas à l'âge que j'ai!"


Patrick Baillargeon
Voir.ca, le 25 mars 2010 

 

Entre ses ouvrages sur l'astrologie et la publication de ses mémoires (Le Désespoir des singes... et autres bagatelles), Françoise Hardy avait quelque peu délaissé la musique au profit de l'écriture. Outre ce disque de reprises en duo paru en 2006 (Parenthèses), son dernier album de nouvelles chansons, Tant de belles choses, remontait à 2004.

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«Oh mais c’est embêtant! Je suis sur la fin, si vous m’aviez vue il y a une semaine!» Françoise Hardy se lève et s’en va tousser dans le corridor… Mythe, superstar ou ermite inspirée? La chanteuse apparaît un peu en demi-teinte dans le luxueux sous-sol de ce petit hôtel du XVIe arrondissement de Paris, à deux pas de chez elle. Malgré une méchante toux, Françoise Hardy est souriante et affiche cette grâce dont elle seule a le secret.

Les cheveux gris, la voix reconnaissable entre mille, l’interprète de l’éternel Tous les garçons et les filles et de mon âge est sur le point de publier un nouvel opus, épaulée par une pléiade de musiciens très sollicités (Calogero, Jean-Louis Murat, Arthur H…). Le tunnel promotionnel passé, Françoise compte bien s’offrir une année sabbatique et en profiter pour se délecter de lecture, «sa drogue», et plus particulièrement pour lire, où relire, les romans de Henry James, qu’elle adore.

– Votre autobiographie a été un best-seller, votre dernier album disque de platine, tout comme celui de votre fils Thomas. Tout semble vous sourire en ce printemps 2010…

– Oui, c’est vrai. Le succès et plus encore la qualité du disque de Thomas, tout ce qu’il fait en général, sont pour moi une source de bonheur qui ne cesse de se renouveler! Quant à moi, c’est sûr que je ne m’attendais pas à un succès aussi faramineux pour le livre. Chez moi, il n’y a rien de pittoresque à raconter, il n’y a rien qui se prête à ça. Un ami éditeur m’avait envoyé une grande journaliste pour m’interviewer et j’ai tout de suite compris que c’était une sorte de préparatif à une biographie. J’ai donc décidé de prendre les choses en mains moi-même. Du coup, j’ai réalisé que j’étais en mesure de parler de sujets qui intéressent beaucoup de monde et, en même temps, d’amener mon regard. Analyser les déboires qu'on rencontre tous dans notre vie sentimentale et montrer comment on induit soi-même des comportements qui nous font du mal… Ensuite, j’ai enchaîné avec l’enregistrement de ce nouvel opus, car je ne peux y résister, l’essentiel de ma vie professionnelle tourne autour de ça: faire un album, trouver de bonnes chansons. C’est un processus à la fois anxiogène et excitant.

– En 1982, vous chantiez Tirez pas sur l’ambulance. Dans votre autobiographie, vous évoquez de sérieux soucis de santé qui ont miné l’année 2004… Comment allez-vous aujourd’hui?

– C’est pareil pour tout le monde dès que l’on passe le cap de la soixantaine, même s’il y a des forces de la nature qui n’ont pas de problèmes, à l’image d’Yves Simon, avec lequel j’ai dîné récemment… A partir d’un certain moment, il ne se passe pas une semaine, un mois sans que des petits pépins, bénins ou pas, se manifestent! C’est épuisant. Quand on m’a diagnostiquée la dernière fois, j’ai mis en cause mon mode de vie sédentaire et, depuis, je me suis contrainte à marcher plus.

– Et pourtant, vous vouliez arrêter d’enregistrer à un certain moment de votre carrière…

– La promo télévisée m’ennuie à un point que vous ne pouvez imaginer! Je ne suis pas une artiste de scène, je n’aime pas me montrer. L’autre jour, un journaliste québécois m’a demandé si j’allais remonter sur scène. J’ai arrêté à 24 ans! Ce n’est pas maintenant, à 66 berges, quand je suis presque une loque humaine, que je vais m’y mettre! (Rires.) Cela étant dit, j’ai appris que j’étais plus ou moins en fin de contrat, mais que ma maison de disques voulait poursuivre. C’est très réjouissant.

– Avec Thomas Dutronc et Charlotte Gainsbourg, la relève semble être assurée…

– Charlotte a un poids plus lourd à porter que Thomas car c’est encore plus difficile d’être la fille de Serge Gainsbourg. Charlotte, même si je n’ai pas envie de la trahir, j’ai l’impression qu’elle est un peu malheureuse de faire des albums qui sont plus ceux des gens avec qui elle travaille que ses albums à elle. En même temps, elle ne pourrait pas se résoudre, vu le poids de Serge, à écrire elle-même ses propres textes et musique. Elle est avant tout une interprète et une très grande actrice. L’image qu’elle donne est plus proche de la mienne que de celle de sa mère ou de son père, avec son côté fragile, vulnérable et traqueur, alors que Jane c’est plutôt l’image de la pétulance et Serge celle de la provocation.

– S’il ne fallait en retenir que trois: quels sont les albums qui ont estampillé votre vie?

– Sans hésitation: Amoureuse, le premier album de Véronique Sanson, Melody Nelson, de Serge Gainsbourg, et les concertos de Rachmaninov, dirigés par Yasha Aurenstein et avec Earl Wild au piano.

 

Olivier Rohrbach
24 heures, le 25 mars 2010



De l’élégance pour rêver Hardy


Il y a un mystère chez Françoise Hardy, qui tient de la transparence plutôt que de l’opacité. Des chansons au bord de la disparition, à peine plus que ténues, suffisantes en tout cas pour s’inscrire sur une histoire – comme une musique de générique de fin de film, quand les lettres se mettent à pleuvoir sur une dernière image vide. A la jeune fille évanescente qui chantait en 1962, derrière une vitre, Tous les garçons et les filles de mon âge, répond une dame aux cheveux blancs et à la voix de verre, toujours aussi languissante. Sa nouvelle apparition fantomatique s’intitule La pluie sans parapluie et l’on pourrait gloser sur ses variations, les touches de Calogero (Noir et Blanc), de Jean-Louis Murat (Memory Divine) ou de la Grande Sophie (Mister), les alternances de discrètes avancées pop ou de chuchotements lyriques. On préférera souligner la cohérence d’ensemble de ce bouquet de roses blanches. A le humer, une fragrance de sobre élégance se dégage, éther sonore de luxe que dispenserait un carafon de cristal. Le support rêvé pour imaginer, à nouveau, cette femme idéale, mais distante, qu’«incarne» à merveille la môme Hardy. Le risque étant évidemment de s’endormir à mi-course…

Boris Senff



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Camelia Jordana vs Françoise Hardy 

L'une débarque, du haut de ses 17 ans, dans l'univers discographique, avec son premier opus écrit notamment par Babx ou Mathieu Boogaerts. L'autre est une icône de la chanson pop qui, depuis plus de 40 ans, déploie une élégance sans faille. Camelia Jordana et Françoise Hardy sont au sommaire de notre club de critiques. Pour commenter leurs disques, toujours les mêmes : Sophie Delassein du “Nouvel Obs”, Gilles Médioni de “L'Express”, Valérie Lehoux et Hugo Cassavetti de “Télérama”.

Pour écouter l'émission, cliquez ICI 
Rencontre à Paris à l'occasion de la prochaine sortie de son nouvel album.

Une silhouette de mannequin, une pâleur bon teint, pull coquille d'oeuf et pantalon noir, un rien l'habille. Même vêtue d'une robe de bure, elle aurait de l'allure. Ces jours, Lady Hardy, 66 ans et très en beauté, sort de son quant-à-soi avec un nouvel album, «La pluie sans parapluie». On la rencontre à Paris, non loin de son domicile de l'avenue Foch. D'humeur plutôt détendue, elle cause, elle cause, de la fragilité des choses, de musique, bien sûr, de Jacques (Dutronc) à qui elle va, de ce pas, acheter des mandarines; de son fils Thomas, «un enfant désiré... vraiment». A ce moment-là, une infinie tendresse se lit dans les yeux de cette douce blindée, mélange d'assurance et de doute, propre aux douées consciencieuses.

Ainsi apparaît Françoise Hardy, héroïne des années 1960, celles de tous les garçons et les filles qui saluaient les copains en 45 tours. De «Comment te dire adieu» à «Entracte», de «Star» à «Décalages», de «Messages personnels» à «Tant de belles choses», jamais elle n'est passée de mode. Hiératique, intemporelle. Toujours, elle garde la main et sourit, l'air de rien, qu'elle conte «Le désespoir des singes... et autres bagatelles» (récit autobiographique à succès publié en 2008), ou qu'elle évoque, de sa voix effilée, cette «Pluie sans parapluie». Elle en est assez contente, «mais j'aurais voulu que ce soit parfait». A jamais taraudée par l'angoisse de ne pas être à la hauteur.

 

Il n'empêche, le dernier-né de ses disques est un bijou d'élégance, heureuse réaction à une massive culture pop-r'n'b-variété-electro-ragga, et caetera. D'amour, il est forcément question, même dans le piquant «Je ne vous aime pas», ainsi que de rencontres esquivées, de coeur éclaté, de mots qui s'envolent, de premiers pas, de bienséance exquise. Ça crépite, ça vacille dans un climat murmurant ou dans un souffle passionné. Au fil de treize perles, Françoise Hardy, qui signe la plupart des textes, varie les plaisirs mélodiques, alterne tempos allègres et ballades douces avec la complicité, entre autres, de Calogero («Noir sur blanc»), de Jean-Louis Murat («Memory divine»), de Ben Christophers («Esquives»). Un bel album.

Est-ce qu'il a fallu vous tirer l'oreille pour écrire ce disque, vous qui n'aimez pas trop sortir de votre tour d'ivoire?
Non. C'est moi qui en ai eu envie. Deux ans après le livre «Le désespoir des singes...», c'était le moment de penser à un autre disque. Sauf que j'ai conscience qu'on ne doit pas assommer les gens à coups d'album tous les ans. Il faut savoir se faire un peu désirer.

 

Que ressentez-vous à la veille de la sortie de cette «Pluie sans parapluie»?
Rien de spécial. Le moment-clé, je le vis surtout après la gravure, la dernière opération. Là, j'ai éprouvé du soulagement. Je me suis dit qu'il n'y avait pas mal de bonnes chansons. La seule chose qui m'embête, c'est la promotion à la télévision, quand vous êtes obligée de vous faire maquiller devant des miroirs grossissants. On voit des choses épouvantables! Et de devoir voyager aussi.

Vous n'aimez pas les voyages?
Je les supporte avec peine, je suis invivable pour les autres. J'ai souffert toute ma vie de problèmes digestifs et je dois observer un rythme et un régime particuliers. A partir du moment où ce rythme est cassé, les problèmes arrivent. J'appréhende de me sentir mal et de ne pas être à la hauteur.

Ne pas être à la hauteur... Votre côté hyperperfectionniste ne vous tue pas?
Oui, il pourrit un peu la vie, c'est fatigant. Mais il y a quelque chose de plus fort en moi qui me fait me remettre à l'ouvrage.

 

A propos d'ouvrage, il y a une ambiance romanesque dans certaines de vos chansons, à l'image d'un film en noir et blanc. Avec des personnages élégants qui s'aiment, se croisent, que l'on distingue comme à travers une voilette...
Je lis beaucoup et je suis monomaniaque. Après avoir dévoré tout Edith Wharton, Henry James est devenu ma drogue favorite. Je suis bien dans ces univers de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. A partir du moment où je baigne là-dedans, cela doit m'influencer inconsciemment.

 

Vous êtes un peu fleur bleue, non?
La littérature dont je vous parle est très sentimentale. Les nouvelles de James me donnent un bonheur indicible. Ce sont souvent des histoires d'amour impossible. C'est ma matière, mon terreau.

 

Vous mettez donc beaucoup de vous dans vos textes.
Je mets tout de moi, tout ce qui est possible de traduire en mots. Tout est basé sur des fantasmes que j'ai.

 

Comme la phrase «J'ai pris le pli de rester hors circuit», dans la chanson-titre?
Oui, c'est tout moi. J'ai une vie solitaire, je suis assez sauvage. Quand j'ai trois jours devant moi sans rendez-vous, je suis ravie. Le rien est jubilatoire. Et puis, entre relire Henry James, téléphoner, ranger ses placards, on est vite débordée!

 

Le «vous» est omniprésent dans vos chansons.
J'adore utiliser le «vous», il a une jolie sonorité. Le «vous» est fantasme. On s'adresse à quelqu'un qui ne saura jamais ce qu'il vous a inspiré.

 

En écrivant votre récit autobiographique, «Le désespoir des singes... et autres bagatelles», vous avez fait défiler le film d'une partie de votre vie. Difficile?
Ça a remué des choses très douloureuses, sur lesquelles on ne peut pas revenir. Je me souviens de l'enterrement de la mère de Jacques. Mon fils Thomas était à l'arrière. Je le voyais comme ça, tout seul, en larmes. J'aurais dû aller le prendre dans mes bras. Je ne l'ai pas fait...

 

Thomas rencontre un beau succès. Il ressemble autant à son père qu'à vous?
Il a l'humour de son père, sans le cynisme, et ma sentimentalité... l'humour en plus! Je suis très contente de ce qui lui arrive. Il a vraiment le sens de la mélodie, et ça, c'est un petit miracle.

 

Vous êtes allée écouter Jacques Dutronc en concert?
Oui, mais la soirée était un peu gâchée pour moi. Tout l'après-midi je l'avais entendu se racler la gorge, il commençait à tousser, ça m'angoissait.

 

Vous vous faites du souci pour lui?
Non. Mais je sais à quel point c'est affreux de chanter et d'avoir mal. La première demi-heure, je me suis dit qu'il n'y arriverait pas.

 

Vous êtes très attachés l'un à l'autre, toujours mariés alors qu'il a une relation avec une autre femme depuis une dizaine d'années et vous vivez dans le même immeuble. Vous formez un couple peu banal...
C'est plus du registre de l'amitié et de la fraternité qu'autre chose. Il n'y a plus rien de passionnel. On va faire la couverture de Match ensemble prochainement. C'est amusant, sans plus, plus professionnel qu'autre chose. C'est bien pour sa tournée et pour mon album.

Y a-t-il des choses qui vous blessent profondément?
Chaque fois que j'ai le sentiment qu'on se trompe sur moi, cela me peine. Le sentiment d'injustice peut me mette hors de moi. Je peux être violente en mots. L'année dernière, j'ai dit à Jacques: «On divorce!» Je m'en veux toujours d'arriver à des extrémités pareilles. Ça passe quand l'autre revient à de meilleurs sentiments.

On vous qualifie d'icône, de mythe, de légende vivante. Qu'en pensez-vous?

Je ne me sens pas du tout concernée. Tout est relatif, dans ce domaine. Sylvie Vartan est une icône. Juliette Gréco, Johnny, Julien Clerc, France Gall, Eddie Mitchell, Véronique Sanson... Nous sommes tous des icônes!


Patricia Gnasso 
Le 18 mars 2010 - Le matin
 
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Un grand nombre de nouveautés et des exclusivités concernant le nouvel album La pluie sans parapluie
vous attendent sur le site officiel de Françoise Hardy :

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